Mon travail photographique déjoue les axes et, si le corps y occupe la place centrale – que ce soit dans la danse, la chute ou l’abandon – j’essaie avant tout d’appréhender l’instant du déséquilibre. Le suspens pourrait être la métaphore ou la ligne de crête à partir de laquelle j’envisage la photographie. Cet état agit comme une interface entre intériorité et extériorité, entre mouvement et fixité, entre présence à soi et absence au monde. Je prends le parti, ici, de m’affranchir de la chronologie et de rompre avec les séries afin de donner à voir en substance un extrait de ce qui constitue mon travail dans son ensemble.

Je suis les faubourgs d’une ville qui n’existe pas, le commentaire prolixe d’un livre que nul n’a jamais écrit; je ne suis personne, personne. Je ne sais ni sentir, ni penser, ni vouloir. Je suis le personnage d’un roman qui reste à écrire, et je flotte aérien, dispersé sans avoir été, parmi les rêves d’un être qui n’a pas su m’achever .

Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillité.